| Sirènes : dans la mythologie grecque, chimères au corps mi-femme mi-oiseau, monstres marins qui attirent les marins à leur perte par leurs chants et leur musique |
Pour moi, les sirènes ont d’abord été des références modernes, La Petite Sirène d’Andersen puis de Disney, la série australienne H2O de DisneyChannel. Les sirènes étaient pour moi des femmes avec des queues de poisson, des coquillages sur la poitrine et de jolies chevelures qui ondulent dans une mer translucide.
Faux, faux, et archi faux.
En pensant à l’Antiquité, je songeais bien à ces femmes chanteuses et monstrueuses sur des rochers, énième obstacle au retour d’Ulysse qui, quand ses compagnons se bouchent les oreilles pour ne pas les entendre, s’attache au mat pour pouvoir écouter leur chant sans être tenté de les rejoindre.
Là aussi, c’était un peu flou. Quel était l’objectif des sirènes – séduire les marins, les tuer, les dévorer, les détourner de leur cours ? Et pourquoi Ulysse voulait-il à tout prix entendre leur chant – par amour du beau, par curiosité intellectuelle, par égo viril, par exhibition de son leadership ?
Dans cet épisode, nous allons répondre à quelques de ces questions, en explorant la figure mythologique des sirènes, pas celle du folklore scandinave ni celle des productions américaines, mais celle de l’Antiquité grecque, qui est une femme-oiseau, qui agit sur les hommes par la parole, qui affronte les héros sur les mers et dont la féminité effraie.
Car Muriel a une théorie particulière, qui propose que les sirènes se sont incarnées, dans le film noir hollywoodien, à travers la figure de la femme fatale. C’est donc aussi un aspect que nous avons développé dans cet épisode : comment certains films rappellent les attributs de la sirène antique, marginale, tentatrice, ambiguë, indépendante, monstrueuse.
Ensemble, nous avons donc parlé sirènes. Nous avons parlé :
- De sirènes poissons versus oiseaux, de monstres, de chant, des sirènes versus Ulysse, versus Jason, et d’une battle de chants entre héros et sirènes
- Mais également de charme, de séduction, de femme qui s’exprime, de femme fatale, de la sirène chez les premiers chrétiens, et de la sexualité féminine (et tout simplement de la femme) comme d’un danger mortel pour les hommes
- Enfin, nous avons parlé de la sirène au cinéma, de Méliès, de la petite sirène, de David Lynch, d’Humphrey Bogart, de Disney

L’experte invitée
Maîtresse de conférences à Université Côte d’Azur, Muriel Lafond consacre une partie de sa recherche à l’exégèse antique, en particulier au commentaire de Servius dont elle a publié le livre VIII à l’Énéide de Virgile en collaboration avec G. Ramires.
Elle s’intéresse par ailleurs à la réception de l’Antiquité dans la littérature, le cinéma et la bande dessinée. Elle a notamment étudié la représentation de Néron à travers les âges ou plus largement des empereurs fous au cinéma, et la façon dont les sirènes se sont incarnées en femmes fatales dans le film noir hollywoodien.
Écouter l’épisode
Les sirènes dans l’histoire de l’art




Bibliographie
Bibliographie sur les sirènes
- Françoise Bader, « Les Sirènes et la poésie », in Conso Danièle, Fick Nicole et Poulle Bruno, Mélanges François Kerlouégan, 1994, p. 17-42.
- Pierre Courcelle, « L’interprétation évhémériste des Sirènes-courtisanes jusqu’au XIIe siècle », in Bosl Karl (éd.), Gesellschaft, Kultur, Literatur, Stuttgart, 1975
- Jacqueline Leclercq-Marx, La Sirène dans la pensée et dans l’art de l’Antiquité et du Moyen Âge. Du mythe païen au symbole chrétien, Bruxelles, 1997
- Hélène Vial Les Sirènes ou le Savoir périlleux. D’Homère au xxie siècle, Rennes, 2014.
Sources antiques sur les sirènes
- Homère, Odyssée, XII, 39-54 et 184-198
- Euripide, Hélène 167-178
- Apollonios de Rhodes, Les Argonautiques, IV, 891-911
- Hygin, Fables 141
- Horace, Épîtres I, 2, 17-26
- Élien, La Personnalité des animaux, VII, 41
- Physiologos chap. 13
Films mentionnés dans l’épisode
Films noirs
- The Man I love, de Raoul Walsh, 1947 – avec Ida Lupino
- Nora Prentiss, de Vincent Sherman, 1947
- Dead Reckoning, de John Cromwell, 1947, avec Hymphrey Boghart
- Gilda, de Charles Vidor, 1946 – avec Rita Hayworth
Films néo-noirs
- Blue Velvet, de David Lynch, 1986
Bibliographie de notre invitée
- Muriel Lafond, « Sirènes, Gorgones et masculinité dans les films noirs hollywoodiens », in Les figures féminines merveilleuses de l’Antiquité et leur réception des origines à nos jours, à paraître fin 2025 aux Presses Universitaires de Rennes.
- Muriel Lafond, Servius. Commentaire sur l’Énéide de Virgile. Chant VIII (introduction, traduction, commentaire ; édition de Giuseppe Ramires), Paris, Collection des Universités de France, Les Belles Lettres, 2022.
- Muriel Lafond, « D’un monstre à l’autre : figures d’Agrippine et de Néron, de l’écrit à l’écran » dans Le Monstre et sa lignée. Filiations et générations monstrueuses dans la littérature latine et sa postérité, textes réunis par Jean-Pierre De Giorgio et Fabrice Galtier, Paris, 2012, p. 321-338.
- Muriel Lafond, « Les Week-ends de Néron de Steno (1956) : un retour aux “sources” ? », Neronia electronica (Société Internationale des Études néroniennes), 2, 2012, p. 69-79.

