Phèdre, ou l’impossibilité de dire l’amour

Phèdre : héroïne mythologique et dramatique grecque antique, princesse de Crète, soeur d’Ariane et demi-soeur du Minotaure, épouse de Thésée, amoureuse d’Hippolyte

Pour moi, Phèdre n’a longtemps qu’été le sujet d’une pièce de théâtre de Racine, vue au collège ou au lycée, et j’ai honte aujourd’hui de l’avouer mais souvent confondue avec d’autres héroïnes antiques, comme Bérénice ou Antigone. En gros, des femmes aux histoires d’amour complexes et tragiques.

Pourtant, Phèdre, c’est le personnage principal d’une vie complexe, construite comme plein de couches successives de sens que nous allons chercher à démêler.

Phèdre, c’est d’abord une princesse crétoise d’une famille bien connue, sœur d’Ariane et demi-soeur du Minotaure. Et si c’est Ariane qui aide le héros Thésée à sortir du labyrinthe avec son fil, c’est finalement Phèdre qu’il épouse, et Ariane qu’il abandonne.

Phèdre, c’est aussi une histoire d’amour déchirante et douloureuse, un amour qui ronge, qui épuise, qui torture, un amour souvent qualifié d’interdit ou d’impossible, aussi, car il porte sur le fils que son époux a eu d’un premier mariage, Hippolyte.

Phèdre, enfin, c’est une histoire de paroles, de mot. Tout l’enjeu de la pièce de Racine, mais aussi de ceux qui l’ont précédé, le grec Euripide, le romain Sénèque, est celui de dire, ou plutôt d’avouer, avec ou sans intermédiaire, avec ou sans mensonges.

Autant de matériaux riches et de thèmes puissants pour décrypter une héroïne complexe, souvent mécomprise, souvent sous-estimée. Phèdre a beaucoup à dire et il y a finalement beaucoup, à dire, sur Phèdre.

Dans cet épisode, nous avons donc parlé de Phèdre. Nous avons parlé :

  • d’amour, d’amour impossible, d’amour avoué, d’amour rejeté, d’amour meurtrissant ; de coup de foudre de jeunesse sous le matronage de Déméter ou de malédiction amoureuse sous celui d’Aphrodite.
  • de théâtre, de scène, de parole, de dits et de non-dits, de calomnie, d’écritures et de réécritures, de modifications, d’inventions, et de ce que la mythologie produit sur notre façon de modeler les récits.
  • de femmes, de parole de femmes, de mort de femmes, de la figure de la femme âgée qui fait des avances à un jeune homme, de dramaturges féminines du 20e siècle, et du problème qui semble encore poser Phèdre pour des réécritures féministes.

L’experte invitée

Lucie Thévenet est maîtresse de conférences (HDR) en langue et littérature grecques à Nantes Université (laboratoire LAMO, Littératures antiques et modernes – UR 4276).

Elle est spécialiste de la tragédie grecque antique (Le Personnage, du mythe au théâtre, coll. « Vérité des mythes », Les Belles Lettres, 2009), dans une approche qui conjugue la question de l’adaptation de la matière mythologique au théâtre avec celle des contraintes de représentation scénique.

Elle travaille également sur la réception du théâtre antique, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, en particulier dans Phèdre à Hippolyte. Scènes d’aveux antiques et contemporaines (« Vérité des mythes », Les Belles Lettres, 2022).

Écouter l’épisode

Date de sortie : 25 juillet 2025

Disponible sur :

Phèdre dans l’histoire de l’art

Jozef Geirnaert, Phaedra and Hippolytus © The Bowes Museum
Fragmentary wall painting Phaedra with an attendant, probably her nurse, 20 à 60 CE, Pompei © The Trustees of the British Museum
Alexandre Cabanel – Phèdre – 1880
Pierre-Narcisse Guérin – Phèdre et Hippolyte, détail – 1802 – © 1991 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) Hervé Lewandowski

Bibliographie

Bibliographie sur Phèdre

  • Brunel Pierre (dir.), Dictionnaire des mythes littéraires, article « Phèdre », Monaco, Éditions du Rocher, 1988, p. 1157-1163.
  • Degl’Innocenti Pierini (Noemi) et al. (éd.), Fedra : versioni e riscritture di un mito classico, Firenze, Polistampa, 2007.
  • Gély Véronique), « Phèdre à la fin du XXe siècle : le désordre dans la cité », dans Lectures politiques des mythes au  XXe siècle, Sylvie Parizet (dir.), Presses Universitaires de Paris – Nanterre, 2013, p. 27-44.
  • « Phèdre », dans Dictionnaire des mythes féminins, Brunel Pierre (dir.), Monaco, Éditions du Rocher, 2002, p. 1553-1560.
  • Ghiron-Bistagne, « Phèdre ou l’amour interdit », (Clio, 64, 1982, p. 29-49) Femmes fatales, Cahiers du GITA, 8, 1994-1995, p. 21-45.
  • Pociña Pérez (Andrés), Otras Fedras. Nuevos estudios sobre Fedra e Hipólito en el siglo XX, Grenade, Universidad de Granada, 2016.

Sources littéraires sur Phèdre

Pièces antiques :

  • Euripide, Hippolyte (428 av. J.-C.)
  • Ovide, HéroïdesLettre4 : de Phèdre à Hippolyte
  • Sénèque, Phèdre (Ier s. ap. J.-C.)
  • Procope de Gaza (Ve-VIe siècles après J.-C.), (Op. IX = Descr. 2 : Ἔκφρασις εἰκόνος ἐν τῇ πόλει τῶν Γαζαίων κειμένης) ou « Description d’une œuvre d’art visible dans la cité de Gaza« 

Pièces perdues :

  • Hippolyte 1 d’Euripide
  • Phèdre de Sophocle

Pièces modernes :

  • Robert Garnier, Hippolyte, 1573
  • Jean Racine, Phèdre, 1677

Pièces contemporaines :

  • Didier-Georges Gabily, Gibiers du temps, Arles, Actes Sud, 1995.
  • Sarah Kane, Phaedra’s Love, 1996 ; L’Amour de Phèdre, traduit par Séverine Magois, L’Arche Éditeur, coll. « Scène ouverte », 2002.
  • Yannis Ritsos, Phaidra, texte grec d’après l’édition Kédros, Athènes, 1978, traduit par Anne Personnaz, Cassaniouze, ÉrosOnyx, 2010.
  • Marina Tsvetaeva, Phèdre (Fedra), 1928.

Bibliographie de notre invitée

  • Lucie Thévenet, Phèdre à Hippolyte. Scènes d’aveux antiques et contemporaines, collection « Vérité des mythes », Les Belles Lettres, 2022.
  • Lucie Thévenet, « Premier Hippolyte d’Euripide ou Phèdre de Sophocle ? Un exemple de fragment tragique à double attribution », Le Fragment dans tous ses états, É. Parmentier, Ch. Dumas Reungoat, L. Romeri (éd.), à paraître dans la collection « Symposia », Presses Universitaires de Caen. (rendu en juin 2023)
  • Lucie Thévenet, « L’Ekphrasis eikonos de Procope de Gaza : visite guidée d’une tragédie », L’École de Gaza : espace littéraire et identité culturelle dans l’Antiquité tardive, E. Amato, A. Corcella, D. Lauritzen (éd.), « Bibliothèque de Byzantion », 13, Peeters, Louvain, 2017, p. 225-265.