Cybèle, déesse mère du monde sauvage

Cybèle (ou Magna Mater, « Grande déesse ») : déesse-mère primordiale, déesse de la nature, des femmes et des animaux, originaire de Phrygie (actuelle Turquie), puis reprise dans la mythologie grecque et romaine

Moi, quand on me dit “déesse-mère”, je pense à des déesses puissantes et maternelles, les Isis, les Ishtar et les Vénus, aux forces primordiales et aux corps nus tout en rondeurs de statuettes anciennes dans des vitrines de musées. Rien de très précis, vous me direz.

Alors, pour cet épisode, nous évoquons une déesse-mère particulière : Cybèle, aussi appelée Magna Mater ou Grande Déesse par les Romains. Déesse qui ne peut être rattachée à une seule nation moderne, puisqu’elle est apparue en Phrygie, en actuelle Turquie, puis a été vénérée en Grèce, puis à Rome, avant de se diffuser, par l’Empire romain, à travers l’Europe, comme en France et en Allemagne.

Cybèle est une déesse fascinante par ce trajet géographique, mais surtout par la sauvagerie qu’elle porte et qu’elle incarne. Sauvage parce que ayant grandi dans la montagne, avec les lions qu’elle apprivoise et protège. Sauvage, aux yeux des Romains, car importée par eux de la Phrygie, de l’Orient lointain. Sauvage, enfin, par la violence qui caractérise son mythe et son culte, marqué par les émasculations de prêtres et de taureaux.

En bref, nous sommes bien loin de la douceur maternelle et de la nudité ronde suggérée spontanément par l’idée de « déesse-mère ». 

Dans cet épisode, nous avons parlé de Cybèle. Nous avons parlé de la Sibylle romaine et de la Pythie grecque, de guerre et de météorites ; nous avons parlé de fêtes, de gladiateurs, d’animaux, de castration de prêtres, de sacrifices de taureaux et de mystères encore non révélés. Surtout, nous avons parlé de sauvagerie et de violence chez une déesse, et de comment une déesse sauvage et sanglante a pu devenir la très institutionnalisée protectrice de l’Empire romain.

Pour tout ça, et plus encore, je vous invite à rejoindre ma conversation avec Audrey au sujet de Cybèle.

L’experte invitée

Audrey Ferlut est historienne et épigraphiste, spécialiste des religions et des déesses gallo-romaines. Sa thèse de doctorat, soutenue à l’Université de Lyon, s’intitule “le culte des divinités féminines en Gaule Belgique et dans les Germanies sous le Haut-Empire romain”.

Chercheuse associée au Laboratoire Histoire et sources des mondes antiques (HISOMA), elle a publié plusieurs articles et ouvrages sur les déesses dans les provinces romaines. Chevalière de l’Ordre des Palmes Académiques, elle participe à des projets de recherches internationaux en France, en Allemagne et en Autriche. 

Écouter l’épisode

Date de sortie : 11 décembre 2024

Disponible sur :

Dans l’histoire de l’art

Anonyme, Cybèle chevauchant un lion, Museum of Fine Arts (MFA) Boston
Anonyme, Cybèle chevauchant un lion, -400 BCE, Museum of Fine Arts Boston (MFA)
W.S. Kimball & Co, Trade car of Cybele, 1889, Metropolitan Museum (MET)
Ernest Louis Lessieux (1848–1925), Cybèle, carte postale, Museum of Fine Arts Boston (MFA)

Bibliographie

Bibliographie sur Cybèle

  • Blänsdorf, J. (2010) : “The Defixiones from the sanctuary of Isis and Magna Mater in Mainz”, in : Lindsay Gordon, R., et Marco Simòn, Fr. dir. (2010), Magical Practice in the Latin West: Papers from the International Conference Held at the University of Zaragoza, 30 Sept. – 1st Oct. 2005, Leyde, 139-181.
  • Borgeaud, Ph. (1996) : La Mère des dieux, de Cybèle à la Vierge Marie,  Paris.
  • Graillot, H. (1912) : Le culte de Cybèle, mère des dieux à Rome et dans l’Empire romain, Paris.
  • Vermaseren, M. J. (1977) : Cybele and Attis, the myth and the cult, London.
  • Spickermann, W. (2013) : “Women and the cult of Magna Mater in the Western provinces”, in : Hemelrijk, & Woolf, 2013, 147-170.
  • Van Haeperen, F. (2005) : “ Fonctions des autorités politiques et religieuses romaines en matière de  « cultes orientaux »”, Bonnet, Rüpke & Scarpi, 2005, 38-60.
  • Van Haeperen, F. (2011) : Les religions orientales du paganisme romain, introduction à la quatrième édition, Paris.

Bibliographie de Audrey Ferlut

  •  FERLUT, Audrey. 2022. Les divinités féminines en Gaule Belgique et dans les Germanies sous le Haut-Empire romain, éditions Ausonius
  • FERLUT, Audrey. 2021. « Investir un territoire de frontière : le culte des Matronae dans la Civitas Ubiorum en Germanie Inférieure », Frontière·s, 4 | -1, 51-63.
  • FERLUT, Audrey. 2019. “La religion des soldats dans les provinces rhénanes et danubiennes“, in :  Wolff, C. et Laforge, M.-O. : Religion et pouvoir dans le monde romain, 167-194.
  • FERLUT, Audrey. 2023. « The Cult of Nehalennia in Colijnsplaat during the Roman Empire: Merchants transferring Urban Ritual Practices to an Outpost on the North Sea » in J. Rüpke and E. Urcioli, Blurring Boundaries, De Gruyter
  • « The Quadruviae: Cult Mobility and Social Agency in the Northern Provinces of the Roman Empire ». In C. Bonnet, T. Galoppin, E. Guillon, M. Luaces, A. Lätzer-Lasar, S. Lebreton, F. Porzia, J. Rüpke & E. Urciuoli (Ed.), Naming and Mapping the Gods in the Ancient Mediterranean: Spaces, Mobilities, Imaginaries (pp. 311-334). Berlin, Boston: De Gruyter.