| Artémis : dans la mythologie grecque, déesse chasseresse, soeur d’Apollon, déesse des animaux, des jeunes filles vierges et de la lune, qui vit entourée de nymphes et de biches |
Qui était Artémis, la déesse grecque de la chasse ? Pourquoi cette déesse vierge protège-t-elle les jeunes filles et les femmes en couches ? Et comment peut-elle être à la fois protectrice des animaux sauvages et redoutable archère ?
Fille de Zeus et de Léto, sœur d’Apollon, Artémis est l’une des grandes divinités de la mythologie grecque. Armée de son arc et de ses flèches, entourée de nymphes et d’animaux sauvages, elle règne sur les montagnes, les forêts et les espaces éloignés des cités.
Mais Artémis est aussi une déesse profondément liée à la vie des femmes. Éternellement vierge, elle veille pourtant sur les jeunes filles, leur passage à l’âge adulte et les accouchements. Une divinité aux multiples fonctions, dont les mythes et les cultes révèlent toute la complexité.
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1. Qui est Artémis ? Naissance et attributs de la déesse grecque
Dans la mythologie grecque, Artémis est la fille de Zeus et de Léto, et la sœur d’Apollon. Selon le récit de l’Hymne à Délos de Callimaque, Léto donne naissance à ses enfants sur l’île de Délos. Certaines traditions racontent qu’Artémis naît la première et aide sa mère à mettre au monde Apollon, ce qui contribue à expliquer son association avec les accouchements.
Dans l’Hymne à Artémis de Callimaque, la jeune déesse demande à Zeus de lui accorder une virginité éternelle, un arc et des flèches, une troupe de nymphes et toutes les montagnes du monde. Elle choisit ainsi un domaine éloigné des cités, au milieu des forêts et des animaux sauvages.
Déesse de la chasse, Artémis est aussi une protectrice du monde animal. Souvent représentée avec un arc, un carquois, des chiens ou des biches, elle incarne une relation ambivalente à la nature : elle peut protéger les animaux comme les poursuivre, donner la vie comme provoquer la mort.

2. Artémis, déesse de la chasse : une divinité redoutable
Dans les récits mythologiques, Artémis intervient fréquemment lorsqu’un mortel transgresse ses interdits ou offense son autorité. Le chasseur Actéon, qui la surprend nue au bain, est transformé en cerf et dévoré par ses propres chiens. Les circonstances de sa faute varient selon les auteurs : certaines versions évoquent un regard involontaire, d’autres une transgression plus grave.
La déesse punit également le roi Œnée, qui a négligé de lui offrir un sacrifice, en envoyant le terrible sanglier de Calydon. Dans les récits liés à la guerre de Troie, elle retient la flotte grecque à Aulis et exige, selon certaines traditions, le sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon. D’autres versions racontent qu’elle sauve la jeune fille au dernier moment en lui substituant une biche.
Artémis apparaît ainsi comme une divinité capable de protéger autant que de châtier. Ses mythes mettent en scène les limites imposées aux mortels face au pouvoir des dieux, mais aussi les relations complexes entre chasse, violence, sexualité et monde sauvage.

3. Pourquoi Artémis est-elle une déesse vierge qui protège les jeunes filles ?
Comme Athéna et Hestia, Artémis est une déesse vierge, qui demeure à l’écart du mariage et des relations sexuelles. Elle s’entoure de nymphes et de jeunes compagnes auxquelles certaines traditions imposent également la chasteté. Le mythe de Callisto, séduite ou violée par Zeus selon les versions, raconte ainsi son exclusion de l’entourage de la déesse et sa transformation en ourse, dont les circonstances varient d’un récit à l’autre.
Pourtant, Artémis joue un rôle essentiel dans le passage des jeunes filles à l’âge adulte. Dans son sanctuaire de Brauron, en Attique, des fillettes participaient à des rites appelés arkteia, associés à l’ourse. Les modalités exactes de ces cérémonies restent discutées, mais elles témoignent de l’importance de la déesse dans les étapes de la vie féminine.
Artémis veille également sur les naissances et les accouchements, auxquels son culte est associé. Les femmes pouvaient lui consacrer des vêtements ou d’autres offrandes en lien avec la maternité. Comment une déesse qui refuse elle-même le mariage et la maternité peut-elle accompagner les femmes dans ces passages décisifs ? Cette tension est au cœur de ses fonctions religieuses dans la Grèce antique.

4. De Diane à Hunger Games : la postérité d’Artémis
Dans le monde romain, Artémis est assimilée à Diane, déesse de la chasse et de la nature. Son image traverse ensuite l’histoire de l’art européen, à travers les représentations de ses mythes. Au XVIe siècle, Titien peint Diane et Actéon puis La Mort d’Actéon, deux œuvres consacrées à la rencontre tragique entre la déesse et le chasseur.
Artémis inspire également les artistes qui représentent ses interventions dans d’autres récits mythologiques, comme le massacre des enfants de Niobé aux côtés d’Apollon. Son iconographie – arc, flèches, animaux sauvages et tenue de chasseresse – contribue à rendre la déesse immédiatement reconnaissable.
Dans la culture populaire, ces attributs trouvent des échos chez des héroïnes comme Katniss Everdeen dans Hunger Games : une jeune archère qui évolue dans la nature sauvage et doit affronter la violence. Sans établir une filiation directe entre les deux personnages, ce rapprochement montre combien les images associées à Artémis continuent de nourrir les représentations de figures féminines indépendantes et combattantes.
Pour aller plus loin
Découvrez également nos épisodes consacrés aux déesses puissantes et « sauvages » de la mythologie grecque, souvent des déesses-mères, notamment Cybèle, Déméter et Séléné.

L’experte invitée
Annabelle Amory est docteure en archéologie grecque (Université de Lille 3). Sa thèse, intitulée « La place des animaux dans la relation mortelles-divinités : le cas d’Artémis et de Déméter », s’intéresse au lien entre la dédicante, la divinité féminine et l’animal dans la Grèce antique, de l’époque archaïque à l’époque hellénistique, en croisant des sources littéraires, épigraphiques, archéologiques, iconographiques et archéozoologiques.
Après sa soutenance de thèse, Annabelle abandonne la recherche et s’oriente vers une carrière artistique et devient artiste peintre professionnelle en 2018. Son travail, basé sur la dualité et la recherche d’identité, mélange peinture acrylique et collage et questionne sur l’émancipation personnelle dans une société empreinte d’injonctions et de normes.
Artémis dans l’histoire de l’art




Bibliographie
Bibliographie sur Artémis
- L. BODSON, « L’initiation artémisiaque », dans J. RIES (éd.), Les Rites d’initiation, Actes du colloque de Liège et de Louvain-La-Neuve, 20 – 21 novembre 1984, Homo Religiosus 13 (1986), p. 299-315.
- F.E. BRENK, « Artemis of Ephesos: an Avant Garde Goddess », Kernos 11 (1995), p. 157-171.
- E.L. BRULOTTE, The Placement of Votive Offerings and Dedications in the Peloponnesian Sanctuaries of Artemis, Ph.D., University of Minnesota (1994).
- S.G. COLE, « Domesticating Artemis », dans S. BLUNDELL, M. WILLIAMSON (éd.), The Sacred and the Feminine in Ancient Greece (1998), p. 27-43.
- J. M. FOSSEY, « The Cults of Artemis in Argolis », Euphrosyne 15 (1987), p. 71-88.
- L. KAHIL, Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae II (1984), s.v. « Artémis », p. 618-753.
- L. KAHIL, « Artémis et Iphigénie : Artémis, les enfants et les animaux », dans M.-O. JENTEL, G. DESCHÊNES-WAGNER (éd.), Tranquillitas : Mélanges en l’honneur de Tran Tam Tinh (1994), p. 281-287.
- Y. MORIZOT, « Artémis Limnatis. Sanctuaires et fonctions », dans R.F. DOCTER, E.M. MOORMANN (éds), Proceedings of the XVth International Congress of Classical Archaeology, Amsterdam (1999), p. 270-272
- A. ZOGRAFOU, Chemins d’Hécate. Portes, routes, carrefours et autres figures de l’entre-deux, Kernos Suppl. 24 (2010).
Sources antiques sur Artémis
- Callimaque, Hymne à Artémis
- Pausanias, Périégèse
- Xénophon, Cynégétique
Bibliographie de notre invitée
- A. Amory, “Les figurines comme ex-voto en Grèce ancienne, le cas des animaux chez Déméter », Revue Archéologique de Picardie 31 (2016), p. 157-167.
- A. Amory, « Lara Croft est-elle vraiment archéologue ? L’Antiquité et l’archéologie dans le jeu vidéo d’action aventure : l’exemple des mondes grec et romain dans Tomb Raider », Antiquipop | L’Antiquité dans la culture populaire contemporaine.
- A. Amory, « Tomb Raider : modéliser une Antiquité imaginaire », Antiquipop | L’Antiquité dans la culture populaire contemporaine.

