Grandes reines et femmes de pouvoir de l’Antiquité

Pharaonnes, souveraines, stratèges ou guerrières : qui étaient les femmes qui ont gouverné les royaumes et les empires de l’Antiquité ? Et comment ont-elles conquis, exercé et défendu leur pouvoir ?

De l’Égypte ancienne à la Mésopotamie, de la Perse au royaume de Koush, les femmes ont joué un rôle essentiel dans l’histoire politique de l’Antiquité.

Certaines ont régné en leur nom propre. D’autres ont exercé leur influence dans l’ombre des rois, dirigé des armées, négocié avec les empires ou assuré la succession de leurs enfants.

Hatchepsout, Cléopâtre, Amanirenas, Artémisia, Naqia… Leurs noms sont parfois célèbres, parfois presque oubliés. Pourtant, leurs histoires révèlent une réalité bien plus complexe que celle de femmes exceptionnelles parvenues à s’imposer dans un monde d’hommes.

Comment devient-on souveraine quand le pouvoir est pensé au masculin ? Comment gouverne-t-on, transmet-on son autorité ou survit-on aux intrigues de cour ? Et pourquoi certaines de ces femmes ont-elles été effacées de l’histoire, tandis que d’autres sont devenues des légendes ?

Dans La Nymphe et la Sorcière, nous explorons les destins de ces grandes figures féminines, historiques ou légendaires, pour comprendre les multiples visages du pouvoir dans l’Antiquité.

Hatchepsout : comment devenir pharaon quand on est une femme ?

Égypte, XVe siècle avant notre ère — Figure historique

Hatchepsout n’était pas seulement une reine d’Égypte : elle était pharaon.

D’abord régente auprès du jeune Thoutmôsis III, elle s’impose progressivement comme souveraine à part entière, dans une monarchie où la fonction royale est traditionnellement masculine.

Pour légitimer son autorité, elle mobilise les symboles du pouvoir pharaonique, se fait représenter avec les attributs du roi et affirme son lien privilégié avec les dieux. Son règne est marqué par d’ambitieux projets architecturaux et des expéditions commerciales.

Comment une femme parvient-elle à incarner une royauté pensée au masculin ? Pourquoi ses images et ses noms ont-ils été partiellement effacés après sa mort ?

L’histoire d’Hatchepsout nous invite à réfléchir aux mécanismes de légitimation du pouvoir, à la représentation des souverains et à la place des femmes dans la monarchie égyptienne.

🎧 Écouter : Hatchepsout, ou comment devenir Pharaon quand on est femme ?

Naqia : la reine qui gouvernait dans l’ombre des rois

Empire néo-assyrien, VIIe siècle avant notre ère — Figure historique

Épouse du roi Sennachérib, mère d’Assarhaddon et grand-mère d’Assurbanipal, Naqia, également appelée Zakutu, traverse plusieurs générations de la dynastie assyrienne.

Mais elle est bien plus qu’une épouse ou une mère de roi.

Dans un empire dominé par les conquêtes militaires, les rivalités dynastiques et les intrigues de palais, Naqia acquiert une influence politique exceptionnelle. Elle possède ses propres ressources, intervient dans les affaires royales et contribue à garantir la succession de son petit-fils.

Comment exercer le pouvoir sans porter soi-même le titre de souverain ? Quelle place les femmes de la famille royale occupaient-elles dans les décisions politiques ?

Naqia nous révèle un autre visage du pouvoir féminin : celui des réseaux, de la diplomatie, de la stratégie dynastique et de l’autorité exercée au cœur de l’État.

🎧 Écouter : Naqia, la reine stratège de l’Empire d’Assyrie

Artémisia Ire : la femme qui commandait une flotte de guerre

Halicarnasse et Empire perse, Ve siècle avant notre ère — Figure historique

En 480 avant notre ère, alors que les Perses affrontent les cités grecques, une femme commande plusieurs navires de guerre au service du roi Xerxès.

Elle s’appelle Artémisia Ire.

Dirigeante d’Halicarnasse, cité grecque d’Asie Mineure soumise à l’Empire perse, elle participe à la bataille navale de Salamine. Selon Hérodote, elle se distingue par son intelligence stratégique et ses conseils au souverain perse.

Artémisia est une figure paradoxale : grecque combattant contre d’autres Grecs, femme exerçant un commandement militaire, dirigeante dont les qualités sont admirées jusque chez ses adversaires.

Comment une femme pouvait-elle commander des hommes à la guerre ? Et pourquoi les auteurs antiques ont-ils fait d’elle une figure aussi remarquable ?

Son histoire bouscule notre représentation des femmes dans les conflits de l’Antiquité.

🎧 Écouter : Artémisia Ire, tyran stratège et capitaine de flotte

Cléopâtre III : quarante années de pouvoir et d’intrigues

Égypte ptolémaïque, IIe siècle avant notre ère — Figure historique

Bien avant la célèbre Cléopâtre VII, une autre Cléopâtre règne sur l’Égypte pendant près de quarante ans.

Cléopâtre III appartient à la dynastie des Ptolémées, une famille royale où les mariages entre proches parents, les rivalités successorales et les assassinats rythment la vie politique.

Épouse de Ptolémée VIII, puis souveraine aux côtés de ses fils Ptolémée IX et Ptolémée X, elle lutte pour conserver son autorité au sein d’une dynastie déchirée.

Comment une reine peut-elle exercer durablement le pouvoir dans un système où ses propres enfants deviennent ses rivaux ? Jusqu’où peut-elle aller pour défendre sa position ?

Entre alliances, exils, conflits familiaux et stratégies politiques, Cléopâtre III nous plonge dans les coulisses d’une monarchie où le pouvoir se conquiert autant qu’il s’hérite.

🎧 Écouter : Cléopâtre III, 40 années sur le trône d’Égypte

Amanirenas : la reine guerrière qui résista à Rome

Royaume de Koush, actuel Soudan, Ier siècle avant notre ère — Figure historique

À la fin du Ier siècle avant notre ère, l’Empire romain étend son influence sur l’Égypte et cherche à imposer son autorité au sud de ses frontières.

Mais il se heurte au royaume de Koush, gouverné par de puissantes souveraines appelées candaces.

Parmi elles, Amanirenas mène la résistance contre les forces romaines. Ses armées affrontent celles du préfet d’Égypte, et le conflit se conclut par un accord favorable aux Koushites.

La tradition archéologique associe notamment cette période à une tête de bronze de l’empereur Auguste, retrouvée enterrée sous les marches d’un temple à Méroé.

Qui était cette reine capable de tenir tête à Rome ? Et pourquoi l’histoire du royaume de Koush demeure-t-elle si peu connue ?

Amanirenas nous invite à regarder l’Antiquité au-delà des seuls mondes grec, romain et égyptien.

🎧 Écouter : Amanirenas, reine-guerrière qui défia César

Cléopâtre VII : la dernière reine d’Égypte, entre pouvoir et légende

Égypte ptolémaïque, Ier siècle avant notre ère — Figure historique

Cléopâtre VII est sans doute la reine la plus célèbre de l’Antiquité. Pourtant, son image a longtemps été dominée par ses relations avec Jules César et Marc Antoine.

Dernière souveraine de l’Égypte ptolémaïque, elle règne dans un contexte de guerres civiles romaines et de rivalités dynastiques. Polyglotte, diplomate et stratège, elle cherche à préserver l’indépendance de son royaume face à l’expansion de Rome.

Mais après sa défaite face à Octave, la propagande romaine contribue à construire l’image d’une reine séductrice et dangereuse, dont la légende traversera les siècles.

Qui était Cléopâtre au-delà des récits de ses ennemis ? Comment distinguer la souveraine historique de l’icône façonnée par la littérature, la peinture et le cinéma ?

Son histoire interroge autant l’exercice du pouvoir que la fabrication des réputations féminines.

🎧 Écouter : Cléopâtre VII, mythe, icône, légende

Didon-Elissa : la reine qui aurait fondé Carthage

Phénicie et Carthage — Figure légendaire

Didon, également appelée Elissa, est la fondatrice légendaire de Carthage. Si la cité a bien existé, l’existence historique de sa fondatrice, telle que la racontent les sources, n’est pas établie.

Selon la tradition, cette princesse phénicienne fuit Tyr après l’assassinat de son époux et traverse la Méditerranée pour fonder une nouvelle cité sur les côtes de l’actuelle Tunisie.

Mais c’est surtout son histoire d’amour tragique avec le héros troyen Énée, racontée par Virgile dans l’Énéide, qui a marqué la postérité.

Pourquoi se souvient-on davantage de l’amante abandonnée que de la reine fondatrice ? Comment une souveraine indépendante est-elle devenue une héroïne tragique ?

À travers Didon, nous explorons la manière dont les mythes racontent la fondation des cités, le pouvoir des femmes et les tensions entre amour et devoir politique.

🎧 Écouter : Didon-Elissa, reine fondatrice de Carthage

La reine de Saba : celle qui défia la sagesse de Salomon

Arabie du Sud et traditions du Proche-Orient — Figure légendaire

La reine de Saba est l’une des souveraines les plus mystérieuses des traditions anciennes. Si le royaume de Saba a réellement existé, aucune preuve historique ne permet d’identifier la reine racontée dans les textes religieux.

Dans la Bible, elle entreprend un voyage jusqu’à Jérusalem pour mettre à l’épreuve la sagesse du roi Salomon. Au fil des traditions juives, chrétiennes, musulmanes et éthiopiennes, son histoire s’enrichit de nouveaux épisodes et de nouveaux noms : Bilqis, Makéda, Nicaulis…

Tour à tour souveraine puissante, interlocutrice intellectuelle du roi, figure de sagesse ou ancêtre d’une dynastie, elle incarne des représentations très différentes de l’autorité féminine.

Pourquoi cette reine a-t-elle fasciné autant de cultures ? Et que nous apprend-elle sur les relations entre pouvoir, savoir, religion et légende ?

🎧 Écouter : La reine de Saba, celle qui défia le roi Salomon

Comment les femmes exerçaient-elles le pouvoir dans l’Antiquité ?

Ces huit figures nous montrent qu’il n’existait pas une seule manière d’être une femme de pouvoir dans l’Antiquité.

Hatchepsout a adopté les codes de la royauté égyptienne pour légitimer son règne. Naqia a construit son autorité au cœur d’un réseau dynastique. Artémisia a commandé des navires de guerre. Cléopâtre III a affronté ses propres fils pour conserver le trône. Amanirenas a résisté à l’expansion romaine, tandis que Cléopâtre VII tentait de préserver l’indépendance de son royaume.

Didon et la reine de Saba, quant à elles, nous rappellent que le pouvoir féminin appartient aussi à l’imaginaire : les sociétés anciennes ont inventé des souveraines dont les histoires exprimaient leurs conceptions de la sagesse, de la fondation des cités, de la diplomatie ou de l’autorité.

Mais ces femmes ne forment pas une catégorie homogène. Elles appartiennent à des civilisations, des époques et des systèmes politiques profondément différents. Certaines ont régné directement, d’autres ont exercé une influence indirecte ; certaines ont gouverné durablement, d’autres sont surtout connues à travers les récits de leurs adversaires.

Leur point commun n’est pas simplement d’avoir été des femmes exceptionnelles. C’est de nous obliger à repenser ce que signifiait détenir le pouvoir dans l’Antiquité.

Écouter La Nymphe et la Sorcière

La Nymphe et la Sorcière est un podcast consacré aux héroïnes de l’Antiquité. Dans chaque épisode, nous partons à la rencontre d’une figure féminine, réelle ou imaginaire, accompagnées de chercheuses, d’historiennes, d’archéologues et d’artistes.

Des reines d’Égypte aux guerrières de Nubie, des palais d’Assyrie aux légendes de Carthage, découvrez des femmes qui ont gouverné, combattu, résisté ou inspiré les récits de pouvoir.

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Et si l’histoire du pouvoir se racontait aussi au féminin ?


Poursuivez l’exploration des héroïnes de l’Antiquité : partez à la rencontre des sorcières et monstres de la mythologie, figures aussi fascinantes qu’inquiétantes, ou découvrez les héroïnes dont les destins sont marqués par l’amour, le désir et la tragédie.