| La Reine de Saba : prénommée tantôt Belkis, Nicaulis ou Makéda, reine du royaume de Saba situé au Yémen ou en Érythrée, mentionnée dans la Bible et le Coran, connue pour sa rencontre et son duel de sagesse avec le roi Salomon |
Qui était la reine de Saba ? A-t-elle réellement existé ? Pourquoi a-t-elle rendu visite au roi Salomon ? De la Bible au Coran, cette souveraine mystérieuse a traversé les siècles sous différents noms : Nicaulis, Bilqis ou Makéda.
Reine puissante et riche, femme savante qui questionne et défie la sagesse de Salomon, la Reine de Saba est une figure féminine fascinante. Mais selon les traditions, elle apparaît tantôt comme une souveraine indépendante, tantôt comme une femme étrangère qu’il faudrait soumettre.
Dans cet épisode de La Nymphe et la Sorcière, nous recevons Aurélia Hetzel, docteure en littérature comparée et spécialiste de la reine de Saba, pour explorer les origines, les facettes et les métamorphoses de cette reine légendaire.
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1. Le royaume de Saba : histoire ou légende ?
Si l’existence de la reine de Saba n’est pas historiquement démontrée, le royaume de Saba a bel et bien existé. Situé principalement dans l’actuel Yémen, il entretenait des relations commerciales et culturelles avec la Corne de l’Afrique, notamment les territoires des actuelles Éthiopie et Érythrée.
Mais la géographie de la reine est beaucoup plus incertaine. Selon les auteurs, elle règne sur l’Arabie, l’Éthiopie, l’Égypte ou encore la Nubie. L’historien Flavius Josèphe, au Ier siècle de notre ère, la nomme Nicaulis et en fait une reine d’Égypte et d’Éthiopie.
Alors, qui était cette souveraine ? Et comment une reine dont l’existence reste incertaine est-elle devenue une figure aussi importante dans les traditions religieuses et littéraires ?

2. La reine de Saba et Salomon : une rencontre entre deux souverains
La reine de Saba apparaît dans la Bible hébraïque, dans le Premier Livre des Rois. Elle entreprend un voyage jusqu’à Jérusalem pour rencontrer Salomon, célèbre pour sa sagesse et sa richesse. Elle arrive accompagnée d’une caravane chargée d’or, d’aromates et de pierres précieuses, dans un récit évoquant aussi les échanges diplomatiques et commerciaux entre royaumes.
Mais la reine ne vient pas seulement offrir des cadeaux : elle met Salomon à l’épreuve en lui posant des questions difficiles et des énigmes. Impressionnée par ses réponses, elle reconnaît sa sagesse avant de repartir dans son pays, chargée à son tour de présents.
Cette rencontre entre deux souverains prestigieux soulève une question : la reine de Saba est-elle présentée comme l’égale de Salomon, une femme puissante et savante, ou son rôle consiste-t-il avant tout à célébrer la grandeur du roi ? Dans le Nouveau Testament, elle devient la « reine du Midi », symbole d’une étrangère venue de loin pour reconnaître sa sagesse.

3. Bilqis dans le Coran et les légendes médiévales : une reine à soumettre ?
Au fil des siècles, l’histoire se transforme. Dans le Coran, la reine de Saba, appelée Bilqis ou Balkis dans les traditions musulmanes postérieures, gouverne un peuple adorateur du soleil. Une huppe (qui est un oiseau) révèle son existence à Salomon, qui lui ordonne de venir à lui. La reine consulte ses conseillers et tente une approche diplomatique avant de se rendre à sa cour.
Dans le Targoum Sheni, un récit juif médiéval, comme dans certaines traditions musulmanes, la rencontre prend une dimension merveilleuse : animaux messagers, trône extraordinaire, palais au sol de verre que la reine prend pour de l’eau… Des légendes postérieures s’intéressent à sa pilosité ou lui attribuent des caractéristiques animales, faisant de son corps un objet de jugement.
Comment une reine indépendante, riche et savante devient-elle une femme qu’il faudrait convertir, corriger ou soumettre ? Ces récits révèlent l’évolution des représentations du pouvoir féminin, mais aussi de l’étrangeté et de l’altérité.

4. De Makéda à Flaubert : la postérité de la reine de Saba
La reine de Saba continue de se réinventer au Moyen Âge et au-delà. Dans la tradition éthiopienne du Kebra Nagast, elle devient Makéda, mère de Ménélik, ancêtre légendaire de la dynastie salomonienne d’Éthiopie. Chez Boccace, elle apparaît sous le nom de Nicaula, associée à la Nubie et à Méroé.
Au XIXe siècle, la reine de Saba fascine les écrivains, notamment Gérard de Nerval et Gustave Flaubert, qui la fait apparaître dans La Tentation de saint Antoine. Au XXe siècle, elle inspire encore des auteurs comme Léopold Sédar Senghor, Jean Grosjean ou André Malraux.
Reine savante, souveraine africaine, femme séduisante ou figure spirituelle : pourquoi la reine de Saba a-t-elle suscité autant de représentations ? Son histoire permet d’explorer la manière dont les sociétés ont imaginé, admiré ou redouté les femmes de pouvoir.

L’experte invitée
Aurélia Hetzel consacre ses recherches aux relations entre la Bible, le Coran et la littérature, ainsi qu’aux oeuvres de Jean Grosjean et de Mahmoud Darwich.
Elle s’intéresse notamment aux mythes féminins, à travers les personnages de la reine de Saba, de la femme de Pilate, de la femme de Loth, de Véronique ou encore de Didon ou de Perséphone.
Docteure en Littérature comparée de l’université Paris IV, elle est également titulaire d’un post-doctorat en Sciences religieuses de l’Ecole Pratique des Hautes-Etudes et de l’agrégation de Lettres modernes.
Après avoir vécu longtemps à Londres, elle enseigne aujourd’hui à Paris dans le secondaire et est depuis plusieurs années chargée de cours à l’université. Elle collabore régulièrement au « Monde des religions » ainsi qu’à diverses revues.
La Reine de Saba dans l’histoire de l’art




Bibliographie
Bibliographie critique
- BRETON Jean-François, L’Arabie Heureuse au temps de la reine de Saba, Hachette Littératures, 1998.
- BRIQUEL Dominique, Les Rois d’Israël : Saül, David, Salomon. Essai comparatif, Les Belles Lettres, 2025.
- CHELHOD Joseph (dir.), L’Arabie du Sud, histoire et civilisation, Maisonneuve et Larose, 1984.
- Israël Kinkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible. A la recherche de David et Salomon, trad. Patrice Ghirardi, Bayard, 2006.
- PASTORE Emmanuelle, La Sagesse mise à l’épreuve, De Gruyter, 2025.
- Cahiers de la Société asiatique. Nouvelle série 5 : L’Image de Salomon : sources et postérités, 2007.
- Revue Graphè, La reine de Saba, n° 11, 2002.
Sources primaires & littéraires
- La Bible, Premier Livre des Rois, chapitre X, versets 1-13
- Evangile de Matthieu, 12,42 // Luc 11,31
- Le Coran, Sourate XXVII, traduction de Denise Masson, Gallimard, « Folio Classique », 1967.
- La Gloire des Rois (Kebra Nagast). Epopée nationale de l’Ethiopie, traduction de Gérard Colin, Patrick Cramer Editeur, 2002.
- Gustave Flaubert, La Tentation de Saint-Antoine, 1874.
- Léopold Sédar Senghor, « Elégie pour la reine de Saba », Elégies majeures, 1979, Poésie complète, CNRS Editions, 2007.
- Jean Grosjean La reine de Saba, Gallimard, 1987.
Bibliographie de notre invitée
- HETZEL Aurélia, La reine de Saba : des Traditions au mythe littéraire, Classiques Garnier, 2012.
- HETZEL Aurélia, « Noire, belle, et après? Reines de Saba africaines » (de l’Ethiopie au Rwanda), La Bible dans la littérature postcoloniale (dir. Sylvie Parizet), Revue de Littérature Comparée, n°360, 4/2016.
- HETZEL Aurélia, « Le voyage de la reine de Saba : éveiller l’imaginaire du jeune lecteur », La Bible dans la littérature pour la jeunesse (dir. Béatrice Ferrier), Les Cahiers Robinson, 2018.
- HETZEL Aurélia, « La reine de Saba illustrée par Bourdelle », Nouvelles Chroniques du manuscrit au Yémen n°38, 2024.
- HETZEL Aurélia, Chroniques littéraires de la reine de Saba, dans les Nouvelles Chroniques du manuscrit au Yémen. Première chronique : Jean Grosjean, n°22, 2026.

