| Pénélope : dans les textes d’Homère et la mythologie grecque, princesse de Sparte puis reine de l’île d’Ithaque, épouse du héros Ulysse et mère de Télémaque |
Qui était Pénélope, l’épouse d’Ulysse dans la mythologie grecque ? Pourquoi attend-elle son mari pendant vingt ans ? Et derrière cette figure légendaire de la fidélité conjugale, que raconte réellement l’Odyssée d’Homère ?
Princesse de Sparte, reine d’Ithaque et mère de Télémaque, Pénélope est l’une des héroïnes les plus célèbres de la mythologie grecque. Tandis qu’Ulysse combat à Troie puis erre sur les mers, elle doit affronter les prétendants qui convoitent sa main et les richesses de son palais.
Mais Pénélope ne se contente pas d’attendre. Car, tout comme Ulysse, Pénélope est rusée, et le voile qu’elle tisse chaque jour, et détisse chaque nuit, est aussi une métaphore pour les ruses qu’elle tisse autour des hommes.
Un personnage dont les multiples facettes n’ont cessé d’inspirer les écrivains, de l’Antiquité à nos jours.
Écouter l’épisode : Pénélope
1. Qui était Pénélope avant son mariage avec Ulysse ?
Dans la tradition mythologique grecque, Pénélope est la fille d’Icarios, généralement présenté comme un prince ou roi de Sparte. Elle est également apparentée à Hélène de Troie : selon une généalogie courante, Icarios est le frère de Tyndare, père d’Hélène, ce qui fait des deux héroïnes des cousines. Les sources antiques ne permettent toutefois pas de reconstituer leur enfance ni d’affirmer qu’elles ont grandi ensemble.
Les récits sur le mariage de Pénélope et d’Ulysse varient selon les auteurs. Dans certaines traditions postérieures à Homère, Ulysse obtient sa main à l’issue d’une compétition organisée par son père. Le couple s’installe à Ithaque, où naît leur fils Télémaque.
Mais leur vie commune est interrompue par la guerre de Troie. Ulysse rejoint l’expédition des chefs grecs, laissant Pénélope et leur jeune enfant à Ithaque. Son absence durera vingt ans : dix années de guerre, suivies de dix années d’errance racontées dans l’Odyssée.

2. Pénélope dans l’Odyssée : une épouse fidèle, mais aussi rusée
Lorsque commence l’Odyssée, Ulysse n’est toujours pas rentré à Ithaque. Des prétendants occupent son palais, consomment ses richesses et pressent Pénélope de choisir un nouvel époux. Pour retarder ce mariage, elle invente une ruse célèbre : elle promet de se décider lorsqu’elle aura achevé de tisser un linceul pour son beau-père Laërte. Mais chaque nuit, elle défait secrètement le travail accompli pendant la journée.
Le stratagème fonctionne pendant plus de trois ans, jusqu’à ce qu’une servante le révèle aux prétendants. Pénélope organise ensuite une épreuve avec l’arc d’Ulysse : celui qui parviendra à le tendre et à faire passer une flèche à travers douze haches pourra l’épouser. Ulysse, revenu à Ithaque sous l’apparence d’un mendiant, réussit l’épreuve avant de tuer les prétendants.
Pourtant, Pénélope ne reconnaît pas immédiatement son mari. Elle le met à l’épreuve en évoquant le déplacement de leur lit conjugal, qu’Ulysse avait lui-même construit autour d’un tronc d’olivier enraciné dans le sol. Seul le véritable Ulysse peut connaître ce secret. La toile et le lit révèlent ainsi une héroïne qui, comme son époux, sait user de la ruse et de la prudence.

3. Après l’Odyssée : que devient Pénélope ?
L’Odyssée s’achève sur les retrouvailles de Pénélope et d’Ulysse, mais d’autres récits antiques ont imaginé la suite de leur histoire. Dans la Télégonie, une épopée grecque aujourd’hui perdue et connue par des résumés antiques, Ulysse repart en voyage après son retour à Ithaque.
Son destin prend une tournure tragique lorsqu’il est tué, sans que l’un ou l’autre connaisse leur lien de parenté, par Télégonos, le fils qu’il aurait eu avec la magicienne Circé. Celui-ci ramène le corps de son père auprès de sa mère, accompagné de Pénélope et de Télémaque. Dans cette version du mythe, Circé unit Pénélope à Télégonos et leur accorde l’immortalité.
Ces épisodes, absents du poème d’Homère, rappellent qu’il n’existe pas une seule version des mythes grecs. Pénélope apparaît également chez d’autres auteurs antiques, notamment Ovide, qui lui donne la parole dans les Héroïdes, sous la forme d’une lettre adressée à Ulysse absent.

4. De la femme fidèle à l’héroïne qui prend la parole : les réécritures de Pénélope
Au fil des siècles, Pénélope devient un modèle de fidélité et de vertu conjugale. Dans une partie de la tradition littéraire, notamment à la Renaissance, sa patience et sa sagesse sont davantage mises en avant que ses talents de stratège. Son tissage, qui constituait chez Homère un instrument de tromperie, peut alors devenir le symbole des activités domestiques d’une épouse exemplaire.
À partir du XXe siècle, plusieurs écrivains proposent d’autres lectures du personnage. Dans Ulysse (1922), James Joyce transpose le couple homérique à travers Leopold et Molly Bloom. Jean Giono, dans Naissance de l’Odyssée (1930), imagine une Pénélope infidèle, tandis que la poétesse Claribel Alegría lui fait annoncer à Ulysse qu’elle a refait sa vie dans Carta a un desterrado (1993).
D’autres autrices choisissent de raconter l’histoire depuis son point de vue, notamment Monique Laederach, Annie Leclerc et Margaret Atwood dans L’Odyssée de Pénélope (2005). Cette dernière donne également la parole aux douze servantes pendues à la fin de l’épopée. Ces réécritures interrogent la place accordée aux personnages féminins dans les récits héroïques et montrent comment une même figure mythologique peut être interprétée différemment selon les époques.
Pour aller plus loin
Découvrez nos épisodes consacrés aux héroïnes de la mythologie grecque, notamment Hélène de Troie, Circé et Cassandre, ou explorez notre sélection de récits autour de l’amour, du désir et de la tragédie dans l’Antiquité.

L’experte invitée
Daphné Le Digarcher Doublet est doctorante au LASLAR (Université de Caen) où elle termine une thèse de Littérature comparée sous la direction de Claire Lechevalier et Didier Lechat.
Ses recherches retracent les évolutions de la figure mythique de Pénélope à travers l’Antiquité, le Moyen Âge et l’époque contemporaine. Ce travail de recontextualisation des hypertextualités odysséennes vise à sortir du face à face Odyssée/réécriture pour favoriser le dialogue des textes à travers le temps et l’espace, et ainsi remettre en perspectives les démarches actuelles de re-visions du mythe antique.
Elle enseigne la littérature générale et comparée au sein du département de Lettres de l’Université de Caen.
Pénélope dans l’histoire de l’art




Bibliographie
Bibliographie critique
- Bacry, Patrick, « Trois fois Pénélope ou le métier poétique », Revue des Études Anciennes, vol. 93, n°1, 1991, p. 11‑25.
- Bollack, Jean, « Le Jeu de Pénélope. Lire l’Odyssée », Europe, n° 865, 2001, p. 218-249.
- Dingremont, François, « Pénélope, la meilleure des Achéennes », Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, vol. 15, n°1, 2012, p. 11-40.
- FOLEY, John Miles, « L’épopée du retour et le/la vrai (e) héros/héroïne de l’Odyssée », in La mythologie et l’Odyssée: hommage à Gabriel Germain: actes du colloque international de Grenoble, 20-22 mai 1999 (dir. A. Hurst et F. Létoublon), Genève, Librairie Droz, 2002, p. 249-257.
- Frontisi-Ducroux, Françoise, Ouvrages de dames: Ariane, Hélène, Pénélope–, Paris, Seuil, 2009.
- Léonard-Roques, Véronique, « Pénélope au 21 e siècle ou de la majoration contemporaine d’une voix de mineure (Annie Leclerc, Margaret Atwood) », in Figures mythiques féminines à l’époque contemporaine. Reconfigurations et décentrements (dir. S. Humbert-Mougin), Paris, Kimé, 2024, p. 185-203.
- Mactoux, Marie-Madeleine, Pénélope. Légende et mythe, Besançon, Université de Franche-Comté, 1975.
- Papadopoulou-Belmehdi, Ioanna, Le chant de Pénélope: poétique du tissage féminin dans l’Odyssée, Paris, Belin, 1994.
- Pellan, Marie, « Dialogisme et stratégies de reconquête du discours dans trois réécritures du mythe de Pénélope : House of Leaves, Danielewski (2000), Toi, Pénélope, Leclerc (2001) et The Penelopiad, Atwood (2005) », in Réception créatrice contemporaine des mythes et grands récits de l’Antiquité, dir. A. Ferry et V. Léonard-Roques, « Les Carnets comparatistes du CÉRÉdI », Publications numériques du CÉRÉdI, n° 1, 2021.
- Roy, Michaël, « Pénélope donne la réplique. Voix de femmes dans The Penelopiad de Margaret Atwood », Le Paon d’Héra, 2012, p. 163-173.
- Schmitt-Pantel, Pauline, « Pénélope face à la toile, une femme d’action ? » in Le temps suspendu. Une histoire des femmes mariées par-delà les silences et l’absence (dir. E. Charpentier et B. Grenier), MSHA, 2022, p.25-34.
Sources primaires & littéraires
- Atwood, Margaret, L’Odyssée de Pénélope, trad. L. Saint-Martin et P. Gagné, Montréal, Boréal, 2005.
- Boccace, Les femmes illustres, éd. V. Zaccaria et J.-Y. Boriaud, Paris, Belles Lettres, 2013.
- Christine de Pizan, Le livre de la cité des dames, éd. C. Le Ninan, trad. A. Paupert, Paris, Honoré Champion, 2023.
- Lycophron, Alexandra, éd. et trad. A. Hurst et A. Kolde, Paris, Belles Lettres, 2008.
- North, Claire, Le Chant des déesses (3 t.), trad. K. Forestier, Hauteville, 2023-2025.
- Ovide, Héroïdes, éd. H. Bornecque et D. Porte, trad. M. Prévost, Paris, Belles lettres, 2024.
- Pausanias, Description de la Grèce, trad. M. Clavier, Société royale académque des sciences, 1821.
Bibliographie de notre invitée
- Le Digarcher Doublet, Daphné, « Pénélope, mémoire enracinée de l’espace ithaquien et poétique chez Homère et Monique Laederach », Europhonie(s), 2025, Eau(x) – Sable(s) – Charbon(s), 1, p.14-24.

